Avoir un enfant après un cancer ? Cinq questions qui peuvent se poser.

Avoir un enfant après un cancer ?

Cinq questions qui peuvent se poser.

Je voudrais aborder ce sujet qui m’est venu naturellement quand j’ai préparé les articles sur la sexualité. Parce que pour beaucoup de médecins, parler « sexualité » veut aussi dire parler « reproduction », parce que dans certaines traditions la sexualité n’a d’autre but que de procréer … Et parce qu’une fois la sexualité retrouvée, une femme qui a eu un cancer peut désirer poursuivre son désir d’avoir un enfant, qu’il soit le premier ou non. Mais est-ce difficile ? Est-ce raisonnable ? Voici cinq questions que vous rencontrerez peut-être dans votre réflexion et quelques éléments de réponse.

Pourquoi est-ce difficile de concevoir un enfant après un cancer ?

Hormis les délicatesses de retrouver une intimité avec le père potentiel déjà abordées dans les articles précédents, les traitements du cancer peuvent altérer la fertilité. L’hormonothérapie utilisée dans beaucoup de cancer du sein va reproduire une ménopause chimique. Parfois la chimiothérapie peut détruire une partie des ovocytes au niveau des ovaires et réduire la durée où la femme est fertile, voire occasionner une ménopause « précoce » et définitive dès la fin des traitements. Parfois les ovaires seront directement ciblés par la chirurgie ou la radiothérapie (par exemple en cas d’irradiation corporelle totale avant une greffe de moelle osseuse).
Donc plusieurs traitements du cancer peuvent influencer la fertilité. Si ce problème a pu être abordé avant les traitements, plusieurs techniques existent et peuvent être proposées.

Quelles techniques d’aide médicale à la procréation peuvent être utilisées ?

Les techniques sont en constante évolution, et en « test » chez l’humain.

Une technique est lors d’une intervention chirurgicale de prélever des fragments d’ovaire et de les « cryo-préserver ». Le tissu est congelé jusqu’au jour où la femme (qui pouvait être une petite fille au moment du cancer), décide de faire son projet d’enfant. Je laisse la parole au Dr Grynberg dans sa vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=yAo2h5htbuY&list=WL&index=27) pour des techniques de « réutilisation » de ces fragments.
Prélever les ovaires, notamment en cas de tumeur ovarienne ou de tumeur digestive peuvent néanmoins provoquer des erreurs de stadification de la maladie (imaginez qu’il y aie quelques cellules cancéreuses dans le bout d’ovaire mis de côté, on ne peut le savoir puisque les techniques de cryo-préservation et d’analyse du cancer sont différentes et exclusives).
Lorsque l’on a du temps entre le diagnostic et le début des traitements, on peut proposer une stimulation hormonale afin de prélever des ovocytes, comme on le ferait pour une fécondation in vitro pour d’autres raisons d’infertilité (cette technique demande 1 cycle au moins et repousse donc le début des traitements de 28 jours au moins). On peut ensuite conserver soit l’ovocyte, soit le féconder (si un père est déjà dans la partie) et conserver un embryon de quelques cellules, qui pourra être implanté chez maman quand elle sera prête à avoir un enfant.
D’autres techniques peuvent inclure le don d’ovocyte (et les gènes viendront d’une autre femme), la gestation pour autrui (interdite en France, autorisée dans d’autres pays … Je ne discuterai pas de l’éthique de chacune des techniques ici), l’adoption (c’est aussi une façon de devenir maman).

couple-1126637_1920

Est-ce dangereux pour la future maman d’être enceinte après un cancer ?

Après de nombreuses études notamment dans le cancer du sein hormono-dépendant, le fait d’être enceinte n’augmente pas le nombre des récidives. Par contre, le fait d’être enceinte ne protège pas non plus. Cela veut dire que la discussion du risque de la récidive doit être posée sérieusement, méthodiquement avec votre médecin. Il est vrai que si vous avez déjà des enfants votre médecin pourra jouer la « facilité » et vous conseiller de ne pas concevoir d’autre enfant. Mais ce conseil n’est pas toujours si facile à assimiler quand votre projet familial se dessinait autrement.
De même, le degré de risque pris ne sera pas le même entre différentes familles. L’une décidera qu’elle ne peut risquer de « faire un orphelin du cancer », quand une autre famille pensera que cet enfant recevra de l’amour aussi longtemps que possible, que ce soit pour des dizaines d’années ou moins, que ce soit jusqu’à une récidive ou un autre accident de la vie…

Par contre, si la récidive se produit pendant une grossesse, cette situation bien que gérable par des cancérologues souvent hyperspécialisés, complique la gestion des traitements.

Est-ce dangereux pour le futur enfant ?

Dans les suites immédiates d’une chimiothérapie il est conseillé d’attendre au moins 6 mois après la dernière injection de celle-ci pour que le corps l’élimine complètement e t qu’il n’y aie pas de risque de malformation pour l’enfant à venir.
Je rappelle que l’hormonothérapie, hormis le fait qu’elle occasionne une ménopause artificielle, contre-indique toute grossesse. A une époque où certains cancérologues commencent à proposer des hormonothérapies durant plus de 5 ans, je pense que la discussion du souhait d’un enfant doit vraiment avoir lieu ouvertement avec lui, pour faire des choix en connaissance de cause, mais aussi en cas d’arrêt des traitements de choisir la surveillance la plus appropriée.

 

Quelles autres difficultés peuvent être rencontrées ?

Décider d’avoir un enfant après avoir eu un cancer peut paraître naturel dans un chemin de vie. C’est se retourner vers la vie après avoir pris conscience de sa propre mortalité. La mort arrivera quand elle arrivera, peut-être plus tôt que pour d’autres, et peut-être du fait du cancer. Mais si le pronostic du cancer est extrêmement mauvais, quel est le sens d’avoir un enfant ? Il peut être très clair, mais il peut être aussi une « mauvaise » façon de se sentir vivante. C’est parce que parfois l’on est perdue dans ces questions que l’intervention d’un psychologue peut vous aider à faire la part des choses. N’hésitez pas à demander cette aide si vous vous sentez confuse à ce sujet.

 

Je vous laisse ici dans ces réflexions avec quelques références :

https://www.youtube.com/watch?v=yAo2h5htbuY&list=WL&index=27 : une vidéo du Dr Grynberg, chef du service de Médecine de la Reproduction à l’hôpital Jean Verdier de Bondy.

http://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/cancer-journey/life-after-cancer/pregnancy-after-cancer-treatment/?region=qc : le site d’information de la société canadienne contre le cancer (en français et en anglais).

http://www.myoncofertility.org/ (site en anglais) : un site internet sur la fertilité dans le contexte de cancer.

 

1 thought on “Avoir un enfant après un cancer ? Cinq questions qui peuvent se poser.”

Parler du cancer avec son enfant – Apple and Fiddle

[…] Les derniers articles ont été consacrés au couple (par ici et par là) et au désir d’enfant (par là). […]

Comments are closed.